Rencontre avec Mme l’Epouvantail…

Dimanche 5 novembre, fin d’après-midi maussade, nous nous apprêtions une soirée sans histoire et sans hôte. Quand soudain, vers 18h, retentit la sonnette de la Maison d’Isaphil.

En ouvrant la porte, je n’ai d’abord vu que son gros sac à dos et ses grandes chaussettes de laine dans des sandales ouvertes. Puis des bras nus dans la fraicheur automnale et une tignasse grise, généreuse et ébouriffée. Elle a dit : « Please, avez-vous une chambre libre, please? ». Oui bien sûr, avec plaisir. Bienvenue ! « Je suis si fatiguée, j’ai marché depuis Avranches sous la pluie ». La coquille sur son épaule a tinté contre la sangle de son sac déposé avec soulagement dans l’entrée.

Saint-Jacques de Compostelle

Elle s’est installée avec joie dans la chambre Brigand. Le temps d’une douche, d’une petite sieste peut-être et elle était devant son ordinateur -l’ordinateur donc, avec un clavier de rechange, dans le sac à dos en route pour… Saint-Jacques de Compostelle!- sur la table du salon, en tee-shirt sans manche. Son oeil éteint dans l’entrée était rallumé, sa faconde revivifiée. « Je suis Ecossaise. Je veux aller à Saint-Jacques de Compostelle, je suis partie de Saint-Lô mercredi. Je pense arriver dans 6 mois… C’est un rêve de 30 ans! ». Puis elle s’est racontée, à petites touches mâtinées de français et d’anglais.

« Je suis née derrière un cheval, dans une roulotte. Je suis Gipsy… ». Un nom peut-être ? « On m’appelle Mme l’Epouvantail… the Scarecrow ». Devant mes yeux brillants d’interrogations, elle s’est rappelée : « J’étais toute petite, toujours dehors, sale, les cheveux hirsutes, les vêtements déchirés… Mon père m’a baptisée comme ça, Scarecrow. Depuis, je suis Mme l’Epouvantail… ». Et fuse un grand rire.

Mme Epouvantail a mille vies, une partie en Ecosse, une autre en France mais aussi dans plusieurs pays d’Europe à travers les maisons qu’elle gère « pour les hommes battus parce qu’il n’y a rien pour eux ». Elle dit être connue jusqu’en Mongolie. Elle l’est en tous cas aujourd’hui à Saint-James et dans la région

Saint-Jacques de Compostelle

Mme Scarecrow avant le départ, lundi 6 novembre 2017.

Le lendemain, lundi 6 novembre 2017, elle a bu une tasse de lait froid avec son café écossais (?), grignoté la salade de fruits, enveloppé dans une serviette le pain frais et le cake… et chargé sur son dos son gros sac. Avant les mercis et l’embrassade chaleureuse, elle a voulu monter sur notre balance, avec et sans le sac. « Oh, j’ai seulement perdu 1 kg »…

Saint-Jacques de Compostelle Saint-Jacques de Compostelle

Elle a franchi la porte avec un sourire grand comme son cœur, direction Fougères.

Nous la suivons étape par étape sur Skype. Ce dimanche 12 novembre 2017, elle était à Vitré, après une semaine de petits « sauts » pour cause d’ampoules aux pieds et de rencontres improbables pour tout autre personne qu’elle…

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